L'interview de Gill Eatherley
Anne JOSSE pour le Muz : Gill, peux-tu nous présenter les enfants de Naha ?
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Gill Eatherley : Naha est un village situé dans l’un des 33 états du Mexique : le Chiapas. Ses habitants appartiennent à l’ethnie amérindienne des Lacandons, un des groupes les plus isolés du Mexique. Ils se donnent le nom de « Hach Winik », ce qui signifie, les « gens Vrais ». Après avoir pratiquement disparu, le groupe compte aujourd’hui à peine 500 individus. Leur langue et leur culture est maya. Naha, situé à la frontière sud avec le Guatemala, compte environ 200 membres. |
Muz : Comment les as-tu rencontrés ?
Muz : Lorsqu’on regarde toutes les œuvres produites par les enfants, toutes abordent le même sujet :
G.E. : Comment pourrait-il en être autrement ? Le village de Naha est situé en plein cœur de la forêt. C’est pourquoi elle est tellement présente dans les dessins et peintures réalisés par les enfants, pour qui la faune et la flore n’ont aucun secret. La nature est tellement prégnante, que les enfants n’ont pas besoin de la regarder pour la représenter. Elle est dans leur esprit et dans leur cœur en permanence. C’est saisissant qu'ils la capturent avec autant d’aisance. Vous reconnaissez en un coup d’œil chaque espèce animale, chaque variété de plante. Lorsqu’ils m’ont vue arriver un jour avec mon matériel d’atelier réduit au strict minimum, leur première interrogation a été : pourquoi n’y a-t-il pas de peinture verte ? C’est que je n’avais ramené avec moi que des pots de couleurs primaires !
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Muz : Comment se déroulent les ateliers ?
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Les enfants qui y participent ont entre 5 et 14 ans. Il faut savoir qu’ils ne vont pratiquement pas à l’école. Il y a bien une école de construite, mais dans les faits, les conditions difficiles d’accès et d’enseignement découragent les enseignants, qui viennent d'autres endroits du Mexique et qui se trouvent être très isolés à Naha! Les enfants peuvent s’estimer heureux lorsqu’ils ont 6 heures de cours dans la semaine. Alors croyez-moi, ils ne louperaient pour rien au monde un atelier !
Muz : Qu’apprends-tu d’eux?
G.E. : Les œuvres des enfants Lacandons nous disent plus sur leur culture que n’importe quelle étude. Chaque peinture, chaque dessin est un témoignage. Et par le sujet, et par les formes et couleurs choisies, et par les supports utilisés, toujours emprunts de la nature environnante, comme les cadres réalisés à partir de divers bois et écorces (cf. salle "peintures encadrées"). Mais depuis 7 ans, des vêtements occidentaux commencent à remplacer les tenues blanches traditionnelles. La culture Lacandon est menacée. Les œuvres de ces enfants constituent un patrimoine précieux qu’il convient de conserver.
Muz : Pourquoi avoir choisi le Muz pour exposer ?
G.E. : Depuis que je travaille avec les enfants de Naha, j’essaie d’organiser des expositions. Croyez-moi, ce n’est pas facile et je remercie les lieux qui ont accueilli les œuvres des enfants. J’ai d’abord commencé par des expositions sur place, au Mexique. En 2005, nous avons pu ainsi exposer les trois grandes fresques à Mexico City, à la bibliothèque Vasconcelas et dans le métro. En 2007, une exposition, toujours de ces trois fresques, plus toute une série de tableaux (présentés aussi sur le Muz), s’est tenue au Museo Culturas Populares de San Cristobal de Las Casas. 2009 fut la première année d’exposition en Europe, d’abord à Copenhague et ensuite à Paris. Le Muz, c’est l’occasion de montrer l’ensemble des œuvres, dans un lieu ouvert à tous, accessible partout dans le monde, sur une durée assez longue pour donner le temps de la découverte et de la rencontre. C’est aussi l’opportunité de faire côtoyer ces œuvres avec des réalisations d’autres enfants, d’autres pays, d’autres régions, d’autres cultures, et d’en apprécier à chaque fois les ressemblances et les différences. Enfin, c'est aussi pour moi le moyen de lancer un appel. Si le Muz vous donne envie de voir ces œuvres « en vrai » et de m’aider à monter une exposition «physique » sur tout ou partie des travaux des enfants, alors contactez-moi ! J’aimerais aussi beaucoup publier ces œuvres dans un livre. Je cherche un éditeur pour présenter l'ensemble de mes travaux.
Muz : Je crois que tu as d'ailleurs trouvé un éditeur pour l'Alphabet Maya ?
G.E. : Oui, c'est une grande joie pour moi et pour les enfants ! Il s'agit des éditions "Shandy books". Je les remercie.
Pour aider Gill à continuer son travail avec les enfants Lacandons, vous pouvez acheter des cartes postales faites à partir de dessins d'enfants. Elles sont accessibles sur : www.hachwinik.com









