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Michèle Petit raconte le travail de Mirta Colangelo

Michèle Petit évoque ici le travail de

Mirta Colangelo

Mirta Colangelo, éducatrice par l'art Michèle Petit, anthropologue, marraine du Muz

 

« Quand j’ai reçu en cadeau deux livres que Mirta Colangelo m’avait adressés, leur qualité m’a émerveillée, tant celle des textes que des images. "Chaque exemplaire est unique et il ne se répète pas (comme la vie)”, comme le dit Mirta qui, pendant onze ans, a animé à Bahía Blanca, en Argentine, un atelier littéraire dans un Foyer où des garçons et des filles sont placés après décision des Tribunaux.

Âgés de sept à quatorze ans, ils viennent de familles pauvres, nombreuses, brisées. Quand elle a commencé à y travailler, ils lisaient et écrivaient avec difficulté et n’y trouvaient aucun plaisir. Incapables de soutenir leur attention, ils parlaient tous à la fois. Avec de petits groupes d’enfants, elle a cherché à tracer “un chemin de travail et de plaisir, avec les mots et les silences, avec les images”, lentement, sans hâte. Dès le départ, différents arts, différents langages ont été croisés ; une multitude de reproductions ont illuminé les murs, des livres de peinture ont été compulsés ; elle a lu beaucoup de mythes, de poésies, dont des coplas :

Donner libre voie au désir. Et que le désir augmente avec des lectures stimulantes qui nous amèneront d’abord à lire le monde et ses créatures, en cherchant et en donnant lieu aux lectures qu’eux ont déjà faites et qu’ils n’ont pas verbalisées auparavant. Je voulais sortir à la lumière ce qui jusqu’alors était demeuré caché. […] Nous avons commencé à apprendre des coplas et de petits poèmes que nous nous disons les uns aux autres sur des tons différents. […] Et nous sommes sortis dans le jardin du Foyer pour faire d’autres lectures. Des lectures de langages non verbaux. Celui du tilleul qui se lit avec les yeux en automne, et avec le nez au printemps. Celui des violettes qui, l’hiver, nous offrent à tous de petites brindilles. Ou celui des bateaux en papier que nous jetons dans les ruisseaux pour qu’ils courent les jours de pluie. Quand passent les perroquets au cri vert ou les benteveos en contrepoint, nous restons silencieux. Nous les écoutons.

 

"Que les enfants notent les relations, les liens, entre les langages verbaux et non verbaux et le silence, sans trop donner d’explications, et en faisant ressortir le caractère provisoire des trouvailles”, tel serait l’essentiel pour Mirta.

La fabrica de Libros Mirta entourée des enfants de l'atelier A découvrir également sur le Muz, l'exposition "Ceux qui volent"

Elle cite un adolescent qui avait écrit sur un mur : “Au ciel, on te lit de la poésie, en enfer, on te l’explique.” Peu à peu, les enfants se sont lancés à écrire des coplas, ils ont passé beaucoup de temps à les travailler, au point de gagner un jour un concours national. Ils ont recréé les œuvres picturales par la copie ou le collage en utilisant des matériaux qu’ils trouvaient sur les plages ou dans les jardins ; ils ont peint des oiseaux sur un globe terrestre qui a été montré dans un musée lors d’une exposition où leurs travaux avoisinaient ceux d’artistes renommés.

Dans l’atelier impulsé par cette femme, c’est par toute une poétique du quotidien que les mots écrits, au départ si distants, se sont glissés dans la vie de ces enfants ou de ces adolescents. La lecture est attention délicate aux êtres et aux choses qui commencent d’être nommés. Tous les sens sont éveillés et des arts multiples s’entremêlent “naturellement” avec la lecture : le dessin, le collage, le cinéma où elle les emmène quelquefois, la musique, l’écriture. Tous participent d’une même expérience. »

Michèle Petit

(Phrases extraites de L’Art de lire ou comment résister à l’adversité, Paris, Belin, 2008.

Voir aussi les pages consacrées à cet atelier par la revue argentine Imaginaria, où quelques-uns des poèmes des enfants sont reproduits : http://www.imaginaria.com.ar/20/7/arte-de-los-chicos.htm et http://www.imaginaria.com.ar/20/7/benteveo.htm