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le plaisir de lire...en films!
27/01/2012 - 12:36

Questions à Yvanne Chenouf

Par Anne Josse / pour lemuz.org

Spécialiste de la littérature jeunesse, attachée depuis 1979 à l'AFL (Association française pour la lecture), chercheuse à l'Institut National de Recherche Pédagogique (INRP) de 1983 à 2002, Yvanne Chenouf a commencé sa carrière comme institutrice. Dans sa collection de films consacrée aux enfants lecteurs, elle retourne à l'école non plus pour y enseigner, mais se faire le témoin en images, de la rencontre d'une œuvre littéraire avec son public. A la réalisation : Jean-Christophe Ribot.

 

D'où vous est venue l'idée de réaliser ces films ?

Y. C : « J'avais déjà réalisé avec Jean-Christophe Ribot un 52 minutes sur l'apprentissage de la lecture. Il s'agissait d'impliquer les enseignants et les formateurs dans une théorisation méthodique de leurs pratiques professionnelles. J'ai vu toutes les possibilités qu'offrait le format DVD. Mais il s'agit d'ici de toute autre chose ! J'avais envie de donner à voir et à entendre les effets de la rencontre d'un livre avec ses lecteurs. Le spectateur assiste à cette rencontre où s'entrecroisent les savoirs, les interprétations et les émotions. Ce ne sont en aucun cas des films explicatifs !"

A qui s'adressent-ils ?

Y.C. : « Aux enseignants, aux autres professionnels de l'enfance, bibliothécaires, animateurs qui utilisent des livres avec les enfants. Aux parents aussi. Ils sont souvent étonnés par les réactions des enfants car ils n'imaginent pas tous les effets produits par le livre et la capacité des jeunes lecteurs à en parler. Si nos films peuvent inciter à échanger autour d'une œuvre, le pari est gagné ! Un autre public est constitué des enfants eux-mêmes. Ils adorent regarder et écouter d'autres enfants parler de leurs expériences de lecture. Leur lecture est des plus attentives. C'est un peu leur émission littéraire à eux. Car c'est à eux et non aux adultes que la parole est donnée. Et cette parole est faite de différents niveaux de langage : l'hétérogénéité sociale et culturelle est respectée."

On imagine aisément que le tournage est soigneusement préparé à la fois par l'enseignant, par l'équipe de tournage, par vous-même. Cela ne nuit-il pas à la spontanéité des enfants ?

Y.C. : « Un tournage ne s'improvise pas. Il faut respecter un format (16 minutes), obtenir les autorisations, s'adapter aux conditions de tournage (classe ou centre de loisirs). A cette préparation logistique et administrative, s'ajoute une préparation du groupe d'enfants à recevoir l'œuvre de l'auteur. Dans notre volonté de mettre en avant l'enfant-lecteur,  l'enseignant est délibérément enlevé du cadre, mais son rôle est essentiel pour préparer l'enfant à l'accueil d'une œuvre, en amont du tournage. Pour cela je suis convaincue qu'il doit partager avec l'enfant sa propre émotion, sa propre histoire avec le livre. Cette relation de confiance va ainsi donner à l'enfant la confiance d'écouter ses propres émotions, et l'envie de les exprimer devant la caméra.

Les enseignants disposent-ils d'outils destinés à les aider dans cette préparation avec les enfants ?

Sur le site de l'A.F.L (Association Française pour la Lecture : www.lecture.org), on propose quantités d'entrées possibles dans l'œuvre, comme par exemple le jeu mimé pour Tête à claques de Philippe Corentin. L'objectif est de développer une familiarité avec l'univers de l'auteur, de faire naître des questions. L'enfant a autour de lui des adultes qui vont accompagner ses différentes tentatives. C'est à l'adulte de veiller à cette interaction avec le livre. Ensuite, il faut laisser l'enfant  se perdre dans l'univers du livre avec d'autres enfants. Le laisser dans sa propre découverte qui sera elle-même nourrie d'autres découvertes. Le propos du film est justement de rendre compte de ces multiples cheminements."

Comment faites-vous pour mettre en confiance l'enfant ?

Y.C. : « En plus de la préparation en amont de l'enseignant, que je viens d'évoquer, il y a la rencontre de l'équipe avec la classe. C'est là que nous repérons les angles de prise de vue ainsi que les enfants volontaires. Et bien sûr, ensuite, c'est tout le talent du réalisateur ! Jean-Christophe Ribot est aux commandes. C'est lui, en fonction des enfants, des groupes qui peuvent être très variables, et des lieux, qui adapte sa manière de filmer et son montage (où je me refuse d'intervenir). Jean-Christophe veille aussi à ne jamais mettre l'enfant dans une situation embarrassante (des messages trop personnels par exemple) ou de tomber dans le pathos en laissant au montage des scènes qui provoqueraient des émotions trop prévisibles. Le tournage dure 3 jours pleins."

C'est sans doute pour cela que les vidéos ne se ressemblent pas !

Y.C. : « A chaque tournage, tout change : l'œuvre, l'auteur, la classe, le lieu. Et comme on ne veut pas d'une vidéo pédagogique, construite sur un même modèle, je laisse le réalisateur construire et monter librement à l'intérieur d'un format court qui lui ne change pas : 16 minutes."

Dans les films, il n'y a pas d'interview d'enfants...

Y.C. : « Il ne s'agit pas en effet de préparer des questions (sorte d'évaluation d'une compréhension unique) mais de mettre en image le cheminement d'une pensée, des pistes de réflexions. Les questions ont tendance à orienter les réponses. Le principe de ces films est la prise de parole, l'échange d'impressions, d'idées, d'interprétations. Le spectateur assiste aux différents retentissements d'une même œuvre sur des enfants en tant qu'individus. S'il y a question, elle sera posée sur le vif sans préparation, et de l'ordre de l'étonnement. Boisseau parle de questions « rustiques » « brutes de décoffrage ». Questions malines de relance qui permettent d'aller plus loin. Pour cela il faut être en position d'écoute. J'applique la devise de René Char : tout préparer en stratège pour ensuite agir en primitif."

Ces films seront-ils un jour diffusés à la télé ?

Y.C. : « L'ensemble de la série (5 films, le dernier étant en cours de montage) sera diffusée à partir de fin février 2012 sur Cap Canal, chaîne d'éducation située à Lyon. Sans leur soutien, les films n'auraient pas pu être produits. Ils seront diffusés à raison d'un épisode par semaine. Nous souhaiterions un jour qu'une chaîne hertzienne se lance également dans la diffusion de ce type de programme pour partager le plaisir de lire. »

Votre actualité en dehors des films ?

Y.C. : « J'anime actuellement beaucoup de conférences. Un sujet qui me passionne particulièrement, les monstres. Je vais vite voir sur le Muz si les enfants ont déposé des œuvres sur ce sujet !»

*Les films SCENARIO POUR UNE RENCONTRE AUTOUR D'UN ALBUM /  « Tumultes Productions » / réalisation Jean-Christophe Ribot / sur une idée originale d'Yvanne Chenouf

 

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